LES PORTES DU CIEL

De Dominique Portier
Les Escales Domaine Français – Janvier 2017

« Au cœur de la Louisiane et de ses plantations de coton, deux fillettes grandissent ensemble. Tout les oppose. Eleanor est blanche, fille de médecin ; Eve est mulâtre, fille d’esclave. Elles sont l’ombre l’une de l’autre, soumises à un destin qu’aucune des deux n’a choisi. Dans leur vie, il y aura de murmures, des désirs interdits, des chemins de traverse. Tout près, surtout, il y aura la clameur d’une guerre ou des hommes affrontent leurs frères sous deux bannières étoilées.
Plus loin, dans l’Alabama, des femmes passent leur vie à coudre. Elles assemblent des bouts de tissu, Pénélopes modernes qui attendent le retour des maris, des pères, des fils partis combattre. Leurs courtepointes sont à l’image des Etats-Unis : un ensemble de morceaux tenus par un fil – celui de la couture, celui de l’écriture.
Entre rêve et histoire, Dominique Fortier dépeint une Amérique de légende qui se déchire pour mieux s’inventer et pose avec force la question de la liberté. »

Quel beau livre à la lecture duquel il m’a semblé partager au plus près sentiments et ressentiments des deux fillettes. La guerre est en toile de fond, et si elle influence grandement la vie quotidienne, elle se déroule presque ailleurs.
Et tout au long de la lecture, il y a ces femmes couseuses. Tout d’abord, quelques descriptions magnifiques du travail des tissus et des couleurs. Le dessin se dévoile peu à peu à nos yeux par la force des mots.

Extrait :
De haut en bas, de gauche à droite, deux couleurs seulement : un blanc de coton et un bleu qui est entre celui du ciel et celui de la mer. A la base, les pièces bleues sont plus larges que les blanches, qui s’emboîtent avec une relative régularité, comme les moutons coiffent d’écume les vagues par les journées de grand vent. Puis, peu à peu les carreaux blancs s’élargissent tandis que les bleus imperceptiblement se font plus étroits. Les pièces de tailles différentes ne sont pas disposées en quinconce, aussi arrive-t-il qu’un carré blanc s’insère exactement au-dessus d’un bleu, mais le plus souvent les pièces bleues se touchent, formant une sorte d’escalier aux marches irrégulières. En quelques endroits, deux carrés de même couleur se trouvent parfaitement alignés l’un au-dessus de l’autre et créent ainsi une sorte de rectangle qui semble à la fois accidentel et fugace, tant l’ensemble donne une impression de mouvement. Au sommet, les pièces blanches – pourtant de forme assez régulières, faites de quatre angles presque droits – dessinent, dans un ciel bleu, une série de nuages ou un vol d’oiseaux au-dessus de vagues changeantes.

Sur le blog La Ruche des Quilteuses, vous trouverez également un article sur ce livre.